Comment faire l’école à la maison ou l’instruction en famille?

Depuis que je m’intéresse à l’instruction en famille ( IEF), je lis sur le sujet, me documente autant que possible et visionne des conférences en ligne. Je remarque qu’il y a autant de façons de faire qu’il y à de famille, et cette tendance me plait. Or, je me questionne d’autant plus sur la façon qui nous convient à nous d’éduquer nos enfants.

Plusieurs tenteront de semer un doute dans votre esprit, quant à l’idée de laisser son enfant jouer plusieurs heures par jour, à l’instar de quelques heures d’étude plus formelle. De l’autre côté, certains homeschoolers vous ébranleront également de par leur façon très laxiste de laisser leurs enfants apprendre par eux-même. 

Où donc se situe la bonne méthode pour son enfant en IEF? Pour soi en tant que parent? Je ne crois pas qu’il y aie de réponse franche à cette question, mais simplement un éveil de conscience à faire.

J’ai lu plusieurs études qui démontrent que les enfants du primaire, soit jusqu’à l’âge de 12 ans environ, n’auraient pas la maturité intellectuelle nécessaire pour l’apprentissage des mathématiques, entre autre. Du moins pas de façon concrète et assidue comme on l’apprend dans le système scolaire actuel. 

En effet, Louis Paul Bénézet, un pionnier en éducation, professeur à l’école New Hampshire de Manchester, a étayé cette conviction à l’aide d’une expérience, qui serait aujourd’hui entendons le, assez controversée.

Ainsi pour faire un court résumé, on s’est abstenu d’enseigner les maths durant tout l’école primaire à un groupe d’élèves de classe défavorisée. Il s’est avéré que les enfants qui n’avaient pas fait de maths de toute cette période, rattrapaient le niveau des autres après seulement une année de révision. On s’est aperçu qu’ils apprenaient les maths dans leur quotidien de façon naturelle et que leurs acquis étaient mieux assimilés de cette façon.

*Il est facile de retrouver des écrits au sujet de Bénézet sur google.

Après réflexion, il est vrai qu’on assimile que très peu des apprentissages que l’on reçoit dans le cadre scolaire. Je me souviens à quel point j’ai toujours étudié pour passer à autre chose; pour passer l’examen et ainsi répondre aux attentes des autres.  Même lorsque j’ai fais mes études universitaires, la charge d’étude était tellement dense que je ne prenais pas le temps de l’intégrer. J’étais pressée de terminer pour enfin passer à autre chose. Encore.

Certains diraient même qu’il est inutile d’encadrer l’enfant dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Qu’il faudrait simplement attendre qu’il s’y intéresse lorsqu’il en verra la pertinence pour lui-même. De la même façon que le bébé apprend son langage maternel naturellement par imitation, l’enfant apprendrait à lire dans son quotidien lorsqu’il serait pret. 

Lorsqu’on y réfléchis, l’enfant développera naturellement le besoin d’apprendre à lire. Ma fille de 5 ans par exemple, a débuté des cours de piano, et pour avancer elle doit lire les notes de ses gammes. Elle commence à réaliser l’importance de déchiffrer ce qu’elle voit sans que j’aie à le lui imposer.

Cette vision rejoint le courant Montessori (http://bonheurassume.com/fr/laisser-son-enfant-selever-selon-la-pedagogie-montessori/ ) en ce sens où l’enfant naitrait avec tout le potentiel en lui et que son développement lui appartiendrait.

Peter Gray, chercheur et professeur au Collège de Boston, a écrit un livre sur le sujet (https://www.psychologytoday.com/blog/freedom-learn/201002/children-teach-themselves-read ), où il propose surtout de créer un environnement propice au développement du potentiel de l’enfant, plutôt que de l’entraver, en lui imposant une ligne éducationnelle qui ne répond pas à son rythme.

Un peu dans la même veine, j’ai écouté récemment le film Capitaine fantastique (https://vimeo.com/184894162 ) qui m’a fasciné. Certains passages sont à mon avis un peu tirés par les cheveux ou du moins, trop éloignés de ma vision éducative, mais j’ai aimé l’enseignement philosophique qui y était honoré. Les enfants apprenaient très tôt à philosopher et à analyser les différents problèmes de la vie en les observant sous des angles intéressants. Il n’y avait pas de place aux tabous et les choses étaient présentées telles qu’elles sont. 

À cet effet, le décès par suicide de la mère des enfants, a été abordé de manière juste et les enfants ne se consolaient pas avec de fausses idées sur la triste réalité, comme leur entourage s’adonnait à le faire.

Ça m’a poussé à me questionner sur notre tendance à cacher le moins beau à nos enfants en imaginant qu’ils sont trop petits pour comprendre. Le deuil, la sexualité, la violence… autant de sujets difficiles à aborder et facile à relayer aux oubliettes pour s’en sauver. Lorsque le questionnement vient de l’enfant, je crois qu’il est mûr pour la réponse. L’importance demeure le choix des mots.

Je pense que peu importe notre position concernant l’instruction en famille, il n’en demeure pas moins que nous ayons pour la plupart en commun une envie de ralentir. Une envie de repenser notre monde tel que nous le connaissons depuis trop longtemps. Le système en est un dicté par la peur et la rigidité où il y à très peu de place pour l’ouverture et les idées nouvelles.

Je me souviens d’un quart de travail dans une unité d’enfant de 6 à 12 ans. J’y étais en remplacement et ce n’étais pas mon point de service habituel… une TPO dans le jargon des centres jeunesses. Je me souviens de ce garçon. Une petit bonhomme de 8 ans tout au plus qui avait sûrement un vécu de choses plates remplis, plus que toi pis moi réunis. Ce p’tit gars se dirige du salon aux salles de bain pour son tour de douche, alors que je surveille les autres durant le film.

Ma collègue l’intercepte parce qu’il a décidé de se prendre une débarbouillette lui-même sur l’armoire, plutôt que d’attendre qu’elle l’a lui donne. S’ensuit un retrait immédiat à la chambre suite au refus du p’tit de revenir sur ses pas avec la dite débarbouillette.

Je suis allée à sa chambre désamorcer la crise qui s’annonçait. Comment? J’ai cogné. Oui, j’ai juste cogné. Il était si peu habitué qu’on respecte son espace de vie (un espace de vie qui ne lui appartenait déjà que trop peu…), qu’il s’est arrêté pour me demander pourquoi je prenais la peine de cogner alors qu’il s’apprêtait à tout casser dans sa petite pièce. Je lui ai expliqué que je n’entre pas dans l’espace des gens sans d’abord leur demander la permission…ma porte à la discussion venait de s’ouvrir.

Je lui ai proposé de venir se laver et de terminer le film seul dans la pièce voisine… un accro au protocole habituel… mais un baume sur l’envahissement de cet enfant brisé par la vie.

J’avais décidé d’intervenir de façon différente. Différente de ce qu’on aurait fait d’habitude.

J’imagine surement votre indignation face au comportement de ma collègue. J’ai eu la même bien que je sache qu’il soit très difficile de maintenir un calme fonctionnel dans une unité de 6-12 ans au quotidien. Que la routine est très importante pour ces petits cocos, même dans ses détails les plus subtils. J’ai toutefois réalisé qu’on applique des règles sans les requestionner simplement parce qu’elles sont là. On applique le protocole parce qu’on ne nous demande pas de faire autrement. 

Il y a aussi tout le défi de s’occuper d’enfants aux besoins immenses avec peu de moyens. Je me souviens d’un matin où dès mon arrivée, on m’a fortement suggéré d’installer un des p’tits gars seul devant un film dans le 2e salon pour s’assurer qu’il ne trouble pas le reste du groupe. Pourquoi? Parce qu’il avait sa première sortie avec maman depuis son placement. Parce qu’on avait peur qu’il ‘pète’… qu’il fasse ‘peter’ le groupe. Pis sérieux, un groupe de 12 qui se désorganise, tu veux pas voir ça.

N’en demeure pas moins que malgré mon doute, j’ai obtempéré et le p’tit s’est désorganisé. J’ai désamorcé la crise en m’assoyant par terre avec lui et en lui demandant de me parler de sa sortie. De ses peurs, de ses espoirs.

Au retour au groupe, je ne l’ai pas quitté d’une semelle. Si je m’éloignais de plus d’un mètre, il commençait à tourbillonner. Je ressentais toute sa fébrilité et je pouvais à peine imaginer son angoisse. 

Ma collègue m’a clairement expédiée que je ne devais pas lui donner autant d’attention suite à une aussi grosse désorganisation; que je lui envoyais un mauvais message. Ok. Cette fois, je n’ai pas obtempéré. J’avais fais la promesse à ce p’tit homme que je ne le laisserais pas seul une seconde jusqu’à l’arrivée de maman… et je tiens mes promesses.

Vous voyez à quel point nous pouvons nous éloigner de nos buts et objectifs de départ, lorsque nos actes sont dictés par la peur. L’inconnu fait peur. Faire confiance au potentiel inné de l’enfant ce n’est pas ce à quoi nous sommes habitués. C’est donc normal que les gens aient peur et que leurs doutes vous envahissent, vous faisant remettre vos choix en question à l’occasion. 

Que ce soit concernant le co-dodo, l’allaitement, le portage, l’éducation autrement ou toute autre décision marginale, faites vous confiance et continuer de faire des choix éclairés.

Lorsque l’on suit ses convictions profondes il est difficile de se tromper. Et des erreurs, naissent souvent les plus belles réussites non ? 🙂

 

 

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