Lorsqu’Éducation rime avec responsabilisation.

Dans le cadre d’un projet commun initié par Julie Duquette du blog Escargot et coquille, je me suis joins à d’autres parents-éducateurs de la communauté de blogueur, afin de témoigner de mon expérience de scolarisation à domicile.

Le thème proposé traite de ce que la scolarisation à domicile représente pour nous (notre famille, nos enfants), ce que ça nous apporte et comment nous le vivons au quotidien.

AVANT

Lorsque je suis devenue maman, j’ai commencé à analyser chacun de mes choix, dans l’optique de prendre les meilleurs décisions pour l’avenir de mes enfants. J’ai remis en question la nourriture que je choisissais de leur préparer, autant que les moyens de discipline que j’acceptais d’employer.

De par ma profession d’intervenante, j’avais un bagage de connaissances intéressant diront certains. Avec le recul, je me rends compte que dans encore trop de milieux, nous intervenons auprès de l’humain par une méthode cognitivo-comportementale, inadaptée à une réalité complexe.

À mon humble avis, il est faux de croire que tous les enfants sont en mesure de respecter une règle simple et que ceux qui n’y arrivent pas, doivent se voir apposer des étiquettes.

J’ai vu des commentaires et des jugements heurter bien des parents d’enfants plus turbulents… j’en ai été moi-même la cible à l’occasion. Et si le problème n’était pas l’enfant, mais bien le moule dans lequel on veut le faire entrer?

Or à l’époque, j’ai rapidement instauré un système de discipline chez moi. Dès 18-24 mois mes enfants avaient un coin retrait où aller se calmer, ou faire une conséquence en situation problématique. J’appliquais ce avec quoi j’étais habituée de travailler… 

Avec le temps et le recul ci-haut mentionné, j’ai réalisé que j’étais dans l’erreur. J’étais un caporal en charge de ses petits soldats. J’ai stoppé net. 

MAINTENANT

On m’a fais remarquer que mes enfants ‘écoutaient’ moins… que je devrais recommencer à utiliser les ‘conséquences’ puisque ça fonctionnait si bien, et que mes filles à cette époque respectaient si bien nos règles…

Les règles. Nous vivons dans un monde bureaucratique tellement complexe que la plupart de ces règles et systèmes ne sont jamais re-questionnés. J’en ai vu à la pelleté dans mon travail qu’on n’arrivait même pas à s’expliquer… on me répondait : ‘ c’est ça la règle c’est tout’.. Allez donc expliquer ça à un petit bonhomme de 7 ans et on jasera ensuite de crédibilité!

Les enfants n’ont pas besoin qu’on leur apprenne à suivre des règles. Ils ont besoin qu’on leur permette de se développer dans un monde de liberté et de passions. Ils ont besoin de savoir reconnaître les limites nécessaires à leur bien-être et leur sécurité, et comment maintenir une attitude bienveillante et respectueuse.

Cela s’acquière par une éducation familiale positive et aimante, non pas dans un micro-système coercitif imposé par les attentes d’une société capitaliste, qui ne se préoccupe que trop peu de l’enfance.

Je me suis aussi questionnée sur notre tendance à nous déresponsabiliser en tant que parent. Quand est-ce qu’on a à ce point lâché prise sur l’avenir de nos enfants?

J’étais de ceux qui se plaignent du système et qui vivait un grand sentiment d’impuissance face aux couleuvres trop nombreuses qu’on tente de nous faire avaler. Pour ma part toutefois, je n’avais pas envie de remettre la responsabilité de l’éducation de mes enfants entre les mains d’un gouvernement qui m’a trop souvent déçu.

L’école en soi, peut endosser la définition que l’on souhaite lui donner, il n’en tiens donc à nous de l’a repenser. J’ose encore rêver d’une société où disparaîtront les commissions scolaires, remplacées par un système plus humain et moins bureaucratique.

L’APPRENTISSAGE POUR NOTRE FAMILLE

Le développement d’une compétence par un apprentissage intrinsèque demeure pour nous le fondement de l’éducation en famille. Nous n’apprenons pas à nos enfants. Nous les guidons vers le goût d’apprendre, le goût de découvrir leurs passions. 

Je suis une personne aux intérêts multiples qui crois fermement qu’en travaillant, les rêves les plus inaccessibles se réalisent. Chaque jour, j’apprends à mes filles de croire en elles, de croire en leur rêve, mais surtout que travailler est la clé.

Je leur apprends qu’une femme a autant de droits et de libertés qu’un homme, mais que l’égalité n’est toujours pas gagné dans les yeux de certaines personnes. 

Je leur apprends à aimer et découvrir le monde à travers le récit de plusieurs livres vivants. Par cette même occasion, je leur apprends l’importance de la lecture, puisque si beaucoup de connaissances se trouvent dans l’expérience, au moins autant se développe au fil des pages d’un roman.

Je leur apprends à remettre en question toutes les attentes pré-conçues de la société. Que même si plusieurs croient qu’il est important de consommer des produits laitiers, l’envers de la médaille de l’industrie laitière vaut la peine d’y réfléchir. Que la publicité se cache partout, comme dans les bonhommes de la Reine des neiges sur une boîte de céréales remplie de sucre. 

Elles n’apprennent pas à l’aide de manuels scolaires au sein d’un horaire rigide. Elles apprennent ce qu’elles ont envie partout, tout le temps. Elles posent des questions constamment sur ce qu’elles ont envie d’explorer, et nous les guidons ensemble vers la solution et la découverte. 

Nous apprenons à calculer en jouant à la caissière dans la cours par un après-midi ensoleillé, autant qu’en cuisinant une recette de muffins pour le souper. Nous faisons des chasses aux trésors pour trouver des sacs de lettres mélangées, qui forment un mot qu’elles doivent découvrir une fois le sac trouvé. 

Les livres sont au centre de notre existence. Nous lisons ensemble une lecture bouddhiste à notre réveil. Elles lisent également au cours de la journée en attendant de prendre leur douche, ou après le diner le temps d’une pause. Nous terminons aussi la journée par une lecture à thème avant d’aller au lit, qui donne lieu à de multiples échanges et parfois même, certaines recherches.

Après notre lecture matinale, nous nous installons pour l’apprentissage de la musique. Ma fille aînée pratique alors ses partitions de piano, alors que ma seconde pratique ses notions théoriques en attendant de débuter ses cours de guitare. Ma grande complète ces apprentissages quotidiens par une leçon privée un soir par semaine. Bien qu’elles n’aient que 4 et 5 ans, elles ont acquis un niveau équivalent à l’ensemble des attentes de l’école primaire en ce qui concerne la musique.

Je n’ai d’ailleurs pas besoin d’exiger de case horaire pour tous ces apprentissages. Elles s’y mettent d’elles-mêmes, lorsque l’envie se présente. L’apprentissage part d’elles.

Les arts ont donc une place importante dans notre famille. Nous avons un large éventail de médiums artistiques à notre disposition en tout temps. Mes filles s’assoient régulièrement à l’extérieur avec un carnet de croquis, pour reproduire le plus fidèlement possible un objet choisi de la nature. Ainsi, elles développent leurs connaissances de la nature et de ses particularités, leurs capacités artistiques mais également leur capacité d’analyse.

En ce sens, elles ont appris à différencier les feuilles des différents légumes lorsque nous avons fais nos semis pour le potager. Elles sont donc à même de reconnaître un plant de tomate d’un plant de pois en observant leurs feuilles, par exemple.

Nous ne limitons donc pas nos apprentissages à 9 mois par année non plus, mais bien à l’année complète puisque la vie est une source d’apprentissage constante. Nous ajoutons également à notre quotidien, des sorties éducatives en lien avec les thématiques du moment.

Au cours des derniers mois, nous avons visité le Musée Redpath, le Centre des sciences (exposition À corps ouvert), le Planétarium et j’en passe. Les enfants ont donc déjà étudié le système solaire et sont même en mesure de vous expliquer comment naissent les étoiles. 

Nous travaillons l’histoire à travers un livre des siècles personnalisé, au sein duquel nous avons jusqu’ici résumé la naissance de l’Univers, l’apparition de la vie, la période préhistorique ainsi que la préhistoire. Elles doivent y dessiner, y écrire et y coller les informations qui leur semblent pertinentes, sur la matière que nous étudions en profondeur. Nous développons encore une fois leur esprit d’analyse en plus du reste.

Elles sont dehors plus de la moitié de la journée qu’il fasse soleil, qu’il pleuve ou qu’il neige. Elles adorent être dans la nature où elles sont complètement libres. Elles font régulièrement du vélo, de la nage, de la marche et de la trampoline en été. Elles s’adonnent à la raquette et à la glissade en hiver. Elles aiment également l’équitation et l’escalade en grand centre.

LES AUTRES

La socialisation. Point qui me fera toujours sourire. Mes enfants reçoivent des amis à la maison à chaque semaine, en plus de ceux qu’ils voient lors de nos sorties hebdomadaires à la bibliothèque et de leur cours de théâtre du samedi matin.

Elles ont la chance de les choisir sur la base de leurs intérêts non pas sur la base d’un groupe imposé, où l’âge commun devient une norme. 

Elles ne viveront pas non plus l’intimidation dont nous avons tous un jour ou l’autre souffert au sein de l’école, du moins je l’espère. Elles auront donc la chance de développer un fort sentiment d’appartenance et de compétence personnelle, avant d’affronter la méchanceté gratuite. J’ose espérer qu’ainsi, elles seront mieux outillées pour y répondre sereinement, sans que cela n’affecte trop profondément leur estime d’elles-mêmes.

EN CONCLUSION

Au final, loin de moi l’idée d’avancer que notre choix est mieux que celui d’un autre. Je fais mes choix pour ma famille et moi, en évaluant ce qui nous semble le plus adapté pour nous, selon notre perception et vision de la vie.

Or, je nous souhaite que dans un avenir proche nous développions un système éducatif au Québec, qui soit plus proche du besoin réel de l’enfance et qui réponde ainsi au besoin criant d’un peuple, qui a mal pour ses enfants.

 

You Might Also Like

5 Comments

  • Reply Marie claire Leblanc 23 avril 2017 at 13:59

    Bravo pour ces choix éclairés et assumés, quelle belle énergie!

    • Reply Bonheur Assumé 24 avril 2017 at 00:14

      Merci !! Quel beau commentaire! Je l’apprécie ! 🙂

  • Reply La liberté éducative de la scolarisation à domicile – Escargot et coquille 23 avril 2017 at 01:40

    […] LilyAcademix : 7 leçons que notre aventure d’apprentissage en famille m’a apprises Bonheur Assumé : Lorsqu’Éducation rime avec responsabilisation […]

  • Reply Dondine 22 avril 2017 at 23:49

    Je n’ai qu’un mot à dire et c’est : AMEN! ^_^

    • Reply Bonheur Assumé 23 avril 2017 at 00:16

      Aaah Mary! Contente que tu aies aimé! J’aurais pu m’étaler plus longtemps sur mon point de vue quant à la tendance à la déresponsabilisation mais je me garde ça pour mon livre qui s’en vient… si un jour ma belle douce me laisse plus de temps libre pour l’écrire !! Et toi comment ça va avec bébé ? 😉

    Leave a Reply

    Back to top